dimanche, juillet 25, 2010

Sprint final dans les Rocheuses

Sur le bord de l’autoroute, une maman chèvre et son petit gambadent sur une paroi rocheuse. Les angles qu’ils choisissent sont intimidants et me mettent mal à l’aise. On se pense bien bons, les grimpeurs, avec nos topos et notre équipement high tech. Mais ça ne nous rend pas plus gracieux que la chèvre, qui parcourt la montagne comme si c’était un trottoir. Elle connaît la roche bien plus intimement que nous.

On est entrés dans les Rocheuses par Jasper, où on s’est rapidement remis à l’escalade. En voulez-vous de la roche, en v'là! Ma plus belle surprise, c’est d’avoir pu accéder à une foule d’endroits relativement sauvages en très peu de temps. À Hidden Valley, Lost Boys et Cougar Canyon, on a trouvé des parois d’une qualité surprenante en moins d'une demi-heure d'approche. Même chose pour les randos : une demi-heure ou une heure de marche et pouf! les vallées alpines et les glaciers sont déjà là. Méchant contraste avec la côte Ouest, où il faut souvent marcher deux ou trois heures sur une route forestière avant de voir l’ombre d’un sommet enneigé.

Enfin dans les Rocheuses!

Hidden Valley

Sur le sentier Whistlers (Jasper)

La belle rivière Athabasca

Medicine Lake

La faune autour de Jasper est aussi impressionnante. En une journée de route, on a vu des cerfs mulets, des caribous, des mouflons, des chèvres de montagne, des marmottes… et des ours noirs, souvent accompagnés d’un bon bouchon de circulation (que les gardes de parc appellent « bear jam »). Évidemment, quand un ours mange des fruits sur le bord de la route, tout le monde s’arrête pour l’observer. Ce que je comprends mal, c’est la tendance qu’ont certains à considérer les animaux sauvages – y compris les ours - comme des objets de musée. Malgré les nombreuses affiches et l’excellent travail des gardes de parc pour éduquer le public, on a vu des gens s’approcher à cinq ou six mètres d’ours noirs pour prendre des photos. Non seulement c'est dangereux, mais c'est aussi le meilleur moyen de détruire le lien qui les unit à l'environnement. Ce n'est pas pour rien qu'on ramasse des cadavres de chèvres régulièrement sur les autoroutes de la région. Attirées par la bouffe que les automobilistes leur tendent, elles passent moins de temps dans les montagnes et plus de temps sur le pavé, au point où elles ne se méfient plus des véhicules. C'est triste.

Un caribou bien équipé

L’autoroute des Glaciers, qui relie Jasper à Banff, a été un moment fort. Essentiellement, c’est 250 km de montagnes, de glaciers, de lacs et de rivières turquoise. On voulait arrêter partout! On a choisi de passer quelques jours à Lac Louise pour grimper sur des parois de calcaire super colorées et d’une qualité exceptionnelle. Le sentier qui mène aux parois est emprunté chaque jour par des centaines de touristes. Une amie nous avait prévenus : « Mets pas tes pantalons avec des trous, tu vas être dans les photos des touristes! » Et c’est vraiment ça. Ils sont en bas et ils nous regardent grimper en nous montrant du doigt. C’est un peu bizarre comme ambiance. Mais la roche a dépassé toutes nos attentes et on a vite oublié qu’on était dans un zoo.

À Lac Louise, après une autre excellente journée

Ce n'est pas la paroi sur laquelle on a grimpé, mais j'adore l'allure de celle-là

Moi et Hugues sur Traffic (10a)

On a aussi fait une saucette au parc national Yoho, sur la frontière entre l’Alberta et la Colombie-Britannique. Depuis quelques jours, on se plaignait de ne pas encore avoir vu de grizzly. Sur un sentier en après-midi, je lève la tête pour regarder la côte à monter, et que vois-je, une belle grosse face de grizzly à environ vingt mètres. Bon.

« Hugues, y’a un grizzly en avant.»
« Hmmm. OK. »

Je m’entends dire tout haut, au grizzly et à moi-même : « Tranquille. Traaannquiiiille. » On s’examine une ou deux secondes, puis pendant qu’on recule, le grizzly retourne son gros derrière et retourne d’où il vient, nonchalamment. Nous on retrace nos pas – 11 km – jusqu’au camping, un peu sur l’adrénaline! Dans ce free for all je n’ai pris aucune photo. Je me suis reprise le lendemain autour du lac O’Hara, où on a marché une quinzaine de kilomètres dans des paysages – et un dénivelé! – à couper le souffle.

À lac O'Hara

Les derniers jours du voyage ont été assez bien remplis. On s’est tapé quelques belles longues voies, dont le superbe Grand Sentinel, une colonne de quartzite au sommet assez étroit (il y avait de la place pour deux!) et Ha Ling, un beau grand bloc sur lequel on ne peut pas placer grand-chose, sauf des dégaines sur des vieux pitons rouillés placés lors de la première ascension… il y a trop longtemps! Je lève mon chapeau à Hugues, qui a leadé les douze longueurs, vu mon manque d’expérience en trad.

Larch Valley, en route vers Sentinel Pass

Au 3e pitch. On voit les traces de notre approche dans la neige.
Le sommet ressemblait à celui de la tour qu'on voit plus bas.

Grand Sentinel 5.9 (ligne rouge)

Région de Canmore vue de l'avant-dernier pitch de Ha Ling

Ha Ling 5.6 (ligne rouge)

On a fini ça en grande aux Bugaboos, un ramassis de tours et de murs majestueux qui attirent des grimpeurs de partout. Notre montée à Conrad Kain Hut a été ponctuée d'un orage que je n'oublierai jamais. Évidemment, il a fallu que le tonnerre "tombe" au moment où on traversait le champ de blocs qui mène au camp. Le sol tremblait et on se sentait bien petits! Une fois à l'abri, on a vu des grimpeurs revenir en trombe de leur expédition du jour. Ils étaient sur un glacier quand tout a commencé. "Je pensais que j'allais mourir!" qu'un des deux m'a dit, encore sous le choc. Il avait un drôle de regard.

Et après l'été s'est réinstallé comme si de rien n'était.

Hugues a fait une superbe voie alpine avec Michael, un ami qu’il a retrouvé à Banff par un heureux hasard. Les gars sont partis à 4h45 et sont revenus à 13h30, la face rouge de soleil et le sourire grand comme ça. Un succès total!

Bugaboo Glacier vu d'en bas : l'orage se prépare

Tournée d'exploration après l'orage

Conrad Kain Hut

Petit miracle en zone alpine. Je suis toujours étonnée de trouver des fleurs à cette altitude.

Hugues et Michael au sommet du Pigeon (West Ridge, 5.4)

Ce qu'ils ont vu d'en haut - à droite, Bugaboo Spire (photo: Michael Lalonde)

Pas tard après leur départ je suis partie en rando jusqu'à Crescent Spire. Tout était beau et grand et délicieusement silencieux.

Lever du jour sur Snowpatch Spire

Camp Applebee et glacier Bugaboo

9 h 30, déjà besoin de crème solaire

Crescent Spire

Le voyage est officiellement terminé. On se tape présentement une troisième traversée du continent pour revenir « chez nous ». Après quatre mois de sandwichs à l’heure du lunch, je peux-tu vous dire que la bouffe de nos mères va être bonne!

Quelques images des prairies pour terminer. Ça m’a donné envie de faire un voyage de vélo dans le coin. Ça sent bon les fleurs et l’agriculture, et surtout, y’a pas d’ours!

Parc national des Prairies (Saskatchewan)

Près de Mankota (Saskatchewan)

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